A l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation célébrée ce vendredi 16 octobre 2026 à Covè, l’Alliance de la Société Civile pour l’Intensification de la Nutrition au Bénin (ASCINB) a lancé un appel fort au gouvernement, aux collectivités locales et au secteur privé. Face à une malnutrition persistante et à l’entrée en vigueur de la Stratégie nationale d’alimentation et de nutrition (SNAN 2026-2030), l’organisation plaide pour une gouvernance plus inclusive, des financements transparents et une véritable implication des communautés dans la lutte contre l’insécurité nutritionnelle.

« Innover aujourd’hui pour nourrir demain ». C’est sous ce thème de la Journée mondiale de l’alimentation que l’Alliance de la Société Civile pour l’Intensification de la Nutrition au Bénin (ASCINB) a réaffirmé, à Covè, son engagement pour une alimentation saine et une gouvernance nutritionnelle fondée sur la redevabilité. Dans une déclaration solennelle prononcée par Angelo KLANCLOUNON, Secrétaire exécutif de l’Alliance, devant les autorités gouvernementales, les partenaires techniques et financiers ainsi que les acteurs du secteur agroalimentaire, l’organisation a rappelé l’ampleur du défi. Malgré des progrès enregistrés, la malnutrition chronique demeure préoccupante au Bénin. Selon les données citées par l’ASCINB, près d’un enfant sur trois souffrait encore d’un retard de croissance, avec des taux particulièrement élevés dans plusieurs départements du nord du pays. L’adoption de la Stratégie nationale d’alimentation et de nutrition (SNAN 2026-2030), le 11 mars 2026, marque toutefois une étape décisive. Dotée d’un plan d’action chiffré à 508 milliards de francs CFA, cette stratégie prévoit des investissements majeurs en faveur de l’alimentation scolaire, de la nutrition de la femme enceinte et de la petite enfance. Pour l’ASCINB, l’enjeu est désormais de veiller à ce que ces engagements se traduisent effectivement sur le terrain.
Une société civile qui revendique sa place

Au lendemain d’un dialogue multi-acteurs organisé à Cotonou avec l’Agence nationale de l’alimentation et de la nutrition (ANAN), l’ASCINB estime que le rôle des organisations de la société civile dans la mise en œuvre de la SNAN reste à clarifier. L’organisation demande notamment la signature d’un protocole d’accord avec l’ANAN, sa présence dans les instances de pilotage de la stratégie ainsi que l’intégration du contrôle citoyen dans le dispositif national de suivi-évaluation. « Les ambitions affichées doivent être accompagnées de responsabilités clairement définies, de budgets identifiables et de mécanismes de redevabilité accessibles », soutient l’Alliance. Parmi les recommandations formulées figurent également la publication des données relatives aux allocations budgétaires et aux dépenses exécutées, ainsi que l’institutionnalisation d’un rapport annuel indépendant de la société civile sur la mise en œuvre de la stratégie. L’ASCINB invite également les collectivités territoriales à prendre toute leur part dans la bataille contre la malnutrition. L’organisation exhorte les Communes à intégrer la nutrition dans leurs Plans de développement, leurs programmes d’investissement et leurs budgets annuels. Cet appel vise à rapprocher les politiques nationales des réalités locales afin que les interventions bénéficient davantage aux populations vulnérables, notamment dans les zones rurales. La déclaration met aussi en lumière le rôle stratégique du secteur privé agroalimentaire dans l’amélioration de la nutrition. En collaboration avec le SUN Business Network (SBN), l’ASCINB défend trois priorités majeures : faciliter l’accès des micro, petites et moyennes entreprises aux équipements de transformation et de conservation, ouvrir un dialogue sur la fiscalité applicable au secteur et favoriser l’accès des entreprises locales aux marchés publics, notamment pour l’approvisionnement des cantines scolaires. Pour illustrer le potentiel de cette approche, l’organisation cite l’exemple de la coopérative Bio-Gari, dont le chiffre d’affaires aurait progressé de plus de 60 % en trois ans grâce à la valorisation des produits locaux.
Les femmes et les jeunes au cœur de la réponse nutritionnelle

Pour l’ASCINB, aucune stratégie nutritionnelle ne peut réussir sans la participation active des femmes rurales, des jeunes et des organisations communautaires. Forte d’un réseau de 77 points focaux communaux et de 12 relais départementaux, l’organisation entend renforcer le lien entre les politiques publiques et les besoins réels des populations. Elle rappelle également avoir formé plus de 700 acteurs locaux dans le cadre du projet CASCADE, une expérience qu’elle souhaite mettre au service de la mise en œuvre de la SNAN. L’ASCINB ne se contente pas de formuler des attentes. Dotée d’un plan stratégique 2026-2030 estimé à deux milliards de francs CFA, l’organisation annonce vouloir contribuer concrètement à l’atteinte des objectifs nationaux. D’ici à 2030, elle ambitionne de participer à au moins quinze axes de la SNAN, de mettre en place des communautés de pratique actives autour des programmes prioritaires et d’accompagner quarante communes dans la mise en œuvre effective de lignes budgétaires consacrées à la nutrition. A travers cette déclaration, la société civile béninoise envoie un message clair : la lutte contre la malnutrition ne pourra produire des résultats durables qu’à travers une action collective, financée, transparente et centrée sur les populations. Une invitation à passer des intentions aux engagements, et des engagements aux résultats.
Zéphirin Toasségnitché
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