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Eaux en péril : quand le climat assèche les rivières du Bénin et menace agriculteurs et ménages

Au nord comme au centre du Bénin, le même cri résonne : l’eau se fait rare. Entre le tarissement des cours d’eau en saison sèche et des infrastructures sous pression, le changement climatique fragilise chaque jour un peu plus l’approvisionnement des populations et des activités agricoles. Dans une région où l’agriculture reste le pilier de l’économie, les conséquences s’annoncent désastreuses.

À Parakou, troisième ville à statut particulier du Bénin et plus grande agglomération du nord, la question de l’eau est devenue chronique. Ici, l’unique cours d’eau traité par la Société Nationale des Eaux du Bénin (SONEB) est l’Okpara. Alimenté par le barrage éponyme situé à une vingtaine de kilomètres à l’est, cet ouvrage stratégique a pourtant été renforcé entre 2019 et 2020 avec une nouvelle tour de prise d’eau et une usine de traitement à Banikanni. Mais ces investissements butent sur une réalité implacable : en saison sèche, le fleuve tarit.

Les coupures d’eau deviennent alors intempestives. En mars 2025 encore, des pannes électriques à la station de pompage ont paralysé la distribution, rappelant la dépendance du système à un réseau énergétique fragile. Mais au-delà des défaillances techniques, c’est bien le régime hydrologique du fleuve qui inquiète. Entre crues dangereuses en hivernage et assèchement prononcé en période de chaleur, l’Okpara subit de plein fouet les effets d’un climat devenu erratique.

Quelques kilomètres plus loin, dans le village de Bakounkparou, les femmes et les enfants n’attendent plus l’eau du robinet. Ils se rendent chaque jour à une petite rivière où la bataille pour l’eau est rude. Ici, comme ailleurs, l’agriculture première victime de ces perturbations voit ses terres se dégrader. Comme le souligne Da Silva, la sensibilité de l’agriculture face au climat découle de facteurs interdépendants : chaleur, précipitations, évapotranspiration, insolation, humidité relative, jusqu’à la concentration de dioxyde de carbone, tous agissent directement sur les terres cultivables. Or, dans le nord Bénin, ces paramètres se dérèglent.

À Savalou, ville du département des Collines, le constat est tout aussi alarmant. Ici, l’eau consommée par près de 145 000 habitants provient quasi exclusivement de la rivière Agbado. Une artère vitale de 121 kilomètres qui prend sa source à Bantè, traverse la ville de Savalou, puis se jette dans le fleuve Zou. « Ceux qui vivent de cette rivière sont nombreux et de diverses catégories, explique Claude Monwènagni Vigninou, géographe spécialisé en analyse environnementale et climatologie agricole. Les éleveurs ne peuvent pas s’en passer. Elle leur offre l’opportunité d’abreuver leurs bœufs. Les agriculteurs et les maraîchers profitent largement des berges et des lits majeurs pour leurs activités champêtres. Les pêcheurs sont aussi là, couvrant non seulement les demandes en poisson de Savalou, mais également les besoins des autres marchés. »

Mais cette richesse naturelle est aujourd’hui menacée. Sous l’effet des changements climatiques, les affluents de l’Agbado disparaissent un à un. Le Klou, le Azokan, le Kenon-Mandassa, le Assanté : tous sont désormais pratiquement asséchés. Çà et là, quelques points d’eau subsistent, tandis que des rochers émergent d’un lit jadis généreux. « Chaque utilisateur est conscient de son état actuel », note le géographe, en soulignant la dégradation progressive.

Dans les zones riveraines, les sols jadis un mélange fertile de limon et d’argile offrant à la fois bon drainage et productivité voient leur capacité agricole diminuer. Ce qui était avant une promesse de cultures variées se transforme en champ de bataille pour l’accès à la ressource.

Pour les ménages, l’impact est immédiat : lorsque la SONEB réduit ses plages de distribution faute de débit suffisant, ou que les sources secondaires s’épuisent, ce sont des vies entières qui basculent. L’eau potable devient une denrée rare, les charges domestiques pèsent davantage sur les femmes, et les conflits d’usage entre agriculteurs, éleveurs et citadins se multiplient.

Le secteur agricole, lui, subit une double peine. La baisse des précipitations et l’augmentation de l’évapotranspiration réduisent les rendements. Les sols, moins protégés par une humidité constante, se dégradent. Et la diminution des débits des cours d’eau empêche l’irrigation de contre-saison, pourtant essentielle à la sécurité alimentaire. Comme l’a démontré Da Silva, ces facteurs interdépendants forment un cercle vicieux : moins d’eau, moins de végétation, plus d’érosion, et finalement une perte de terres arables.

À Parakou comme à Savalou, l’urgence est désormais de repenser la gestion de l’eau. Le renforcement des infrastructures de pompage et de traitement ne suffira pas s’il n’est pas accompagné d’une stratégie d’adaptation face à l’assèchement chronique des cours d’eau. Reboisement des berges, récupération des eaux de pluie, diversification des sources d’approvisionnement, sensibilisation des usagers : les défis sont immenses.

Pour l’heure, les rivières Agbado et Okpara continuent de couler mais moins, beaucoup moins. Et avec elles, ce sont les certitudes d’une agriculture nourricière et d’un accès à l’eau pour tous qui s’amenuisent. Au Bénin, l’eau n’est pas seulement une affaire de robinets : c’est une question de survie, pour les hommes comme pour les terres.

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