Le niébé fourrager, une solution locale pour apaiser les conflits agropastoraux dans le nord Bénin

Dans les plaines sablonneuses de Gah-Béri, à l’extrême nord du Bénin, le soleil couchant projette une lumière ocre à travers un ciel pâli par l’harmattan. Ici, chaque saison sèche ravivait jusqu’à récemment une tension familière : celle de la compétition pour l’accès aux pâturages et à l’eau entre agriculteurs sédentaires et éleveurs transhumants. Mais une plante familière est en train de changer la donne : le niébé, traditionnellement cultivé pour l’alimentation humaine, devient un instrument de paix .

52388625283_90bc04a9f5_c Le niébé fourrager, une solution locale pour apaiser les conflits agropastoraux dans le nord Bénin

Depuis des générations, agriculteurs et éleveurs cohabitaient dans cette région sahélienne, régulés par des règles coutumières. Mais le dérèglement climatique a profondément bouleversé ces équilibres. « Les prairies n’existent presque plus. À cela s’ajoute la sécheresse qui a amplifié l’amenuisement des ressources en eau et en fourrage », témoigne Aliou Ousmane, éleveur à Malanville .

Dr Houdou Maazou, climatologue, explique cette mécanique implacable : « Dans la région de Malanville, comme dans tout le Sahel, les sécheresses deviennent plus fréquentes et plus longues, tandis que les pluies sont de plus en plus irrégulières. Cela réduit la disponibilité des pâturages et de l’eau, ce qui accentue la compétition. Le climat n crée pas les conflits, mais il les exacerbe entre les usagers des ressources » .

Les conséquences sont concrètes : champs piétinés, récoltes détruites, couloirs de passage obstrués par les cultures. « Chaque saison sèche, on avait peur : la peur des disputes, la peur des affrontements », confie Mamoudou Salifou, agriculteur à Kantoro .

Le niébé fourrager, une innovation paysanne

C’est dans ce contexte qu’une pratique ancienne a été repensée. Le niébé, légumineuse riche en protéines, est cultivé dans tout le Bénin pour ses graines. Mais à Malanville, des agriculteurs ont commencé à valoriser autrement cette plante : ils cultivent désormais le niébé pour ses fanes, qu’ils transforment en bottes de fourrage destinées à l’alimentation animale.

« Avant, je cultivais le niébé pour ses graines, explique Souleymane Amadou, agriculteur à Goungoun. Mais avec l’incertitude des pluies, les rendements ont baissé. Aujourd’hui, vendre le niébé comme fourrage est plus rentable et plus sûr » .

Cette pratique a pris une ampleur nouvelle grâce à l’appui du Programme régional d’intégration des marchés agricoles (PRIMA), soutenu par le Fonds international de développement agricole (FIDA). Des Champs écoles paysans (CEP) ont été mis en place pour former les bénéficiaires aux techniques de production et de conservation du fourrage .

Vers une sédentarisation apaisée de l’élevage

Les résultats se font sentir. « Avant, les animaux entraient dans les champs des agriculteurs, raconte Aliou Ousmane. Aujourd’hui, avec le fourrage sur place, on n’a plus besoin d’y aller » .

La sédentarisation progressive de l’élevage, longtemps perçue comme incompatible avec le pastoralisme, devient ici une stratégie d’adaptation efficace. Elle limite les déplacements, réduit les risques de conflits et améliore le suivi sanitaire des troupeaux.

Cette initiative locale rejoint les efforts plus larges du gouvernement, qui a budgétisé plus de 150 milliards F CFA pour le secteur agricole en 2026, incluant des aménagements pastoraux, des parcelles fourragères et la sécurisation des couloirs de transhumance . La Stratégie nationale d’Alimentation et de Nutrition 2026-2030, récemment approuvée en Conseil des ministres, vise également à renforcer la sécurité alimentaire tout en favorisant une meilleure gestion des ressources agricoles .

Dans les villages du nord Bénin, le niébé fourrager ne nourrit pas seulement les troupeaux : il tisse patiemment les fils d’une réconciliation silencieuse entre communautés.

Le Bénin crée une Agence nationale pour éradiquer la malaria et lutter contre les moustiques

Le Conseil des ministres du 18 février 2026 a adopté une mesure majeure pour la santé publique : la création de l’Agence nationale de lutte contre la malaria et les moustiques. Cette décision traduit la volonté du gouvernement de faire de l’éradication de cette endémie « une priorité de premier plan ».

Un fléau persistant malgré les efforts

En dépit des politiques sanitaires menées ces dernières années, la malaria reste endémique au Bénin. Elle constitue l’une des premières causes de morbidité et de mortalité, particulièrement chez les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes. Ses conséquences économiques, sociales et sanitaires demeurent graves .

La nouvelle agence se veut un « instrument spécialisé, souple, autonome et réactif », chargé de conduire une lutte coordonnée, innovante et intégrée contre la malaria et les moustiques . Ses missions couvriront l’ensemble de la chaîne d’intervention : conception et évaluation des programmes de démoustication, renforcement de la prévention, réduction de l’incidence et de la mortalité liées aux maladies transmises par les moustiques.

Une approche intégrée et innovante

L’agence aura également pour mission de promouvoir la recherche et l’innovation dans le domaine de la lutte antivectorielle, de sensibiliser les populations aux comportements préventifs et aux traitements curatifs, et d’appuyer les collectivités locales dans la gestion des nuisances liées aux moustiques. Elle collaborera avec les partenaires nationaux et internationaux, publics et privés .

Cette création s’inscrit dans une vision plus large du système sanitaire béninois. Selon une analyse récente du secteur, le Bénin ambitionne de bâtir à l’horizon 2060 un système de santé plus équitable, moderne et résilient . Le pays doit toutefois relever plusieurs défis : une pression démographique soutenue (indice de fécondité de 5,7 enfants par femme), de fortes disparités entre zones urbaines et rurales dans l’accès aux soins, et la transition épidémiologique marquée par la montée des maladies non transmissibles .

La confiance, un enjeu majeur

Un autre défi important concerne la confiance des populations dans les politiques de santé publique, notamment les campagnes de vaccination. La propagation de théories complotistes a alimenté une certaine méfiance, constituant un frein aux efforts de prévention . Restaurer cette confiance apparaît comme une priorité, tout comme l’investissement dans les technologies médicales et la digitalisation du système sanitaire.

La nouvelle Agence nationale de lutte contre la malaria et les moustiques devra donc inscrire son action dans cette stratégie globale, où la santé est pensée non seulement comme un droit fondamental, mais aussi comme « un investissement stratégique pour le développement du pays » .

Laisser un commentaire